Indices

Du 17 Janvier au 28 Février 2013
Chloé Desjardins

C’est dans une vision épurée et minimaliste que Chloé Desjardins offre une réflexion particulièrement fine sur l’objet d’art. Avec Indices, elle trace un jeu de pistes permettant de questionner (plus que d’affirmer) le statut de l’œuvre et ses enjeux.

Sa technique de prédilection ? Le moulage. Ce procédé consiste à prendre l’empreinte d’un objet, empreinte destinée à servir de moule. Plâtre, bronze, cire ou céramique sont ensuite coulés à l’intérieur dudit moule pour définir une pièce de forme identique. Les objets premiers de Chloé Desjardins sont des choses ou des dispositifs qui servent à contenir, d’une part, et qui évoquent ou appellent la manipulation, d’autre part. Il peut s’agir de papier bulle, de papier froissé, de carton ou de gants en latex. Quoi qu’il en soit, ce sont des matières malléables ayant une forte résonnance sensorielle : difficile de ne pas jouer avec les gants ou le styromousse, encore plus de ne pas être tenté de faire éclater les bulles de papier bulle.

Les œuvres de Chloé Desjardins activent un réflexe d’attraction-répulsion qui permet de nous faire réfléchir à notre rapport aux objets : attraction de la matière malléable de l’objet premier, répulsion de la forme moulée, rigide et intouchable. Ses œuvres sont d’autant plus intouchables qu’elles sont disposées à l’intérieur de vitrine ou sur un socle. Le choix de l’artiste pour la mise en espace n’est pas anodin. Est-ce une manière de les protéger du spectateur, de les conserver ou de les mettre en valeur ? L’ironie de la chose, c’est que ces objets qui nécessitent un dispositif de protection, ce sont initialement des matières protectrices d’œuvres, qui une fois moulés, sont élevés au titre d’œuvres et deviennent sacralisées.

Avec Chloé Desjardins, tout est paradoxe. L’artiste excelle à transformer le banal en hors du commun que ce soit par la mise en espace ou par le traitement des matières. En effet, la brillance de la porcelaine des papiers froissés dans Drafts ou celle du bronze du papier bulle et des pépites de styromousse dans Bronzes leur confère une préciosité qui n’est pas sans nous rappeler celle des porcelaines de Saxe ou de Limoges. Disposées sous leur vitrine, ces sculptures deviennent des objets de collection. Mais la brillance du traitement n’est pas le seul indicateur d’exception de l’objet. La série Double, faite de plâtre, matière brute et opaque, rappelle dans sa disposition la découverte de trésors enfouis, artéfacts des temps anciens et perdus, donc inestimables.

C’est aux confins du paradoxe et de la tension que Chloé Desjardins nous propose un voyage singulier dans les replis de la production et de la présentation artistique. Bien sûr l’artiste teinte sa réflexion d’une ironie que l’on ne peut laisser de côté et qui ajoute profondeur et richesse à ses œuvres.

Émilie Granjon