Litanie
Vernissage
le jeudi 24 septembre à 19 h (gratuit)
Sur une période d’un an l’auteur et l’artiste ont correspondu et se sont rencontrés pour explorer ce que le peintre-moine chinois Shitao nommait vers 1710, dans un traité spectaculaire : « l’unique trait de pinceau ». En raison des idéogrammes chinois, on comprend que c’est un trait de pinceau qui fixe dessin et écriture, de sorte que, selon Shitao, il existe dans toute peinture de la poésie et dans toute poésie de la peinture. Litanie constitue une exploration du trait (dessin/écriture) dans ce que cette pratique a d’essentiel, ce qui est généralement représenté dans les oeuvres antérieures de l’auteur, J.R. Léveillé, par une condensation de l’expression. Cette exploration correspond à ce que Roland Barthes disait : « de l’écriture, il n’y a qu’une seule science, l’écriture elle-même. » Du côté artistique, cela répond, chez Lorraine Pritchard, à un travail esthétique semblable que définit Shitao : « Le fondement de la règle de l’Unique Trait de Pinceau réside dans l’absence de règles qui engendre la Règle; la Règle ainsi obtenue embrasse la multiplicité des règles. » L’auteur et l’artiste ont voulu entreprendre l’aventure actuelle de cette réalité et se sont départagé l’expression en pôle positif et pôle négatif. Les tableaux de Pritchard sont basés sur une écriture fictive, sur le signe et le geste de l’écriture. Issue d’une espèce de big bang esthétique, l’image est une production qui se manifeste, un positif. L’écrit ou le discours, lui, est abordé comme le négatif en photographie, il doit nier sens, signe et signification pour laisser apparaître l’autre pôle, l’image. L’écriture constitue alors le fondement sans fondement. Dans une complémentarité singulièrement active, le tableau (positif) est basé sur une écriture qui n’en est pas une (négatif) et l’écriture prend forme, apparaît (positif) dans la négation même de ses manifestations. Il résulte de cet échange un va et vient incantatoire, peut-être le chant du tao qui ne peut être dit, comme l’arrière-fond sonore du big bang, ou encore : rien.