Projections

Du 25 Avril au 12 Juin 2008

Vernissage : le vendredi 25 avril à 19 h 00—Entrée libre

Se faire une beauté

Lacan a écrit : « La femme n’existe pas ». (Je souligne.) Pour mettre Projections en contexte, faisons un survol de l’exploration de l’identité féminine que Dominique Rey a entreprise depuis 2000.

Dans les nus des Baigneuses, elle mettait en scène les phases de la féminité, de la jeune femme en herbe aux Maternités. Adéquation naturelle entre l’eau et la femme.

L’exposition Miroirs examinait, par l’objet symbolique de la féminité, le jeu de celle qui prépare son image pour le regard d’autrui. Si le miroir dévoile, il cache aussi. Dans la série Selling Venus/Vénus au miroir, un reflet vénal déguise une intériorité sans prix.

Nous retrouvons aussi la femme dans la nature où des miroirs multiplient sa forme tout en déviant le paysage. De Kooning disait : « La femme est dans le paysage et le paysage est dans la femme. » La série Missing Woman : Disappearing Acts évoque le versant plus mystérieux et trouble de la symbolique féminine terrestre et rappelle l’expression : Cherchez la femme.

Si la disparition est physique, le dépassement est spirituel. L’installation Les Filles de la Croix établit la transformation de la matière ou la transcendance des corps. Le quotidien de ces religieuses constitue une espèce de wabi-sabi et appelle à la sérénité et à la contemplation.

Dans la continuité de l’œuvre reyienne, l’image corporelle liée au symbole féminin de l’eau (et à son référent réfléchissant : le miroir) passe ensuite par un acte de disparition en rapport à la terre maternelle pour devenir celui de l’effacement et de la spiritualité.

La nouvelle série, Projections, porte l’entreprise à son niveau le plus symbolique et le plus minimaliste. Les œuvres sont diaphanes, les contrastes éliminés, les couleurs diluées. On entre dans le pur éblouissement de la contemplation absolue (Projection 11). On peut dire de ces œuvres ce que l’abstractionniste canado-américaine, Agnes Martin, disait des siennes :
« Ce sont lumière, légèreté, convergence, l’absence de forme déformant la forme. »

Nous sommes tout à fait dans la féminitude : air, eau, terre. Mais entre ciel et terre (Projection 1). Dans les nuages. Que sont les nuages sinon une eau en suspension (Projection 4)? Que symbolisent-ils si ce n’est une assomption? Ces œuvres constituent un foyer sur l’infini et créent une ouverture pour l’imaginaire du spectateur. Voilà peut-être, dans Projection 14, le nombril du monde, ou le trou noir par où est passé Alice.

Comment y arriver? Comment le corps devient-il esprit? Par un grand renversement. Rimbaud disait que c’était « par un long immense et raisonné dérèglement. » Ici, la terre est en haut et le ciel est en bas (Projections 6 et 12), S’il semble y avoir horizon, ce n’est qu’éclaircie entre nuages (Projections 2 et 13). Nous flottons, nous volons, nous disparaissons pour mieux apparaître. Nous entrons dans une immatérialité que nous signons de la trace de notre passage (Projection 10). D’ailleurs cette Projection 15… ce ne serait pas le pubis de l’univers (Courbet n’a rien à redire)? Le lieu de notre naissance? Il faut s’y projeter. Dominique Rey peut affirmer avec Rimbaud qu’il est « loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. » – J.R. Léveillé

Merci aux commanditaires :

  • Conseil des Arts de Winnipeg
  • Conseil des Arts du Manitoba
  • Patrimoine canadien
  • Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes